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Mon premier roman: “LA PREMIERE BOUCHEE”

Mon premier roman, La Première Bouchée, est en librairie!
Les 15 et 16 juin je serai à Livres en Folie au Parc du Mupanah et pourrai vous signer votre copie! Merci pour vos encouragements.

LA PREMIERE BOUCHEE - AGNES CASTERA - ROMAN


Pour ce mariage peu traditionnel, au budget limité, c’est un mille-feuille que Lilly offrirait en lieu et place de gâteau. C’était son dessert préféré, et comme il lui semblait approprié à la circonstance! Une vraie allégorie : les innombrables feuilles fines lui rappelaient que la vie était faite de mille surprises. La crème pâtissière à la consistance parfaite qui les reliait symbolisait le nécessaire élément réconciliateur et rassembleur dans toutes les étapes de la vie. Le glaçage lisse disait qu’il y avait malgré tout des moments où les choses sont faciles. Mais le dessin classique en vagues posé dessus était le rappel qu’on est parfois au creux de la vague, mais parfois aussi à son sommet. La vue d’un mille-feuille lui donnait toujours l’eau à la bouche. C’est un délice d’en prendre une bonne bouchée ! Mais, inévitablement, à la première bouchée, la crème pâtissière bave et coule… C’est plein de leçons, un mille-feuille : croquez la vie à pleine dents, il y aura toujours des bavures, mais tenez bon, essayez de rectifier… le résultat final est délicieux.

Histoire sordide

Madame Durand vit ses derniers moments. A son chevet, son mari lui témoigne un dévouement qui l’émeut profondément. Il ne la quitte pas, lui prodigue les soins dont elle a besoin, il est plus présent que jamais dans sa vie.

Madame Durand est touchée par toutes ces attentions. Elle ne veut pas mourir sans obtenir un pardon de son mari.

— Chéri, je vais laisser ce monde. Tu as été un bon mari. Je ne te méritais pas. Est-ce juste de me séparer de toi sans te faire connaitre ma vérité ? Je ne t’ai pas été fidèle. Guy, ton meilleur ami, a été mon amant.

Monsieur Durand est profondément secoué par cet aveu. Cette femme, dont il est responsable de la mort, est plus forte que lui. Elle a eu le courage d’avouer sa faute. Lui demeure lâche et impudent. Il l’a empoisonnée à petites doses. Mais c’est parce qu’il l’aimait qu’il ne pouvait pas tolérer son infidélité ! Il a péché par amour ! Dieu, si seulement il pouvait retourner en arrière et trouver le contrepoison. Il choisirait une solution différente  pour mettre fin à sa douleur de mari trompé. Il couperait court sa relation avec Guy. Il essaierait de regagner le cœur de sa Suzanne. Mais il est trop tard. Suzanne meurt, grandie, à ses yeux, par sa contrition et son aveu.

De l’au-delà, pourrait-elle découvrir ce secret qui lui ronge maintenant les tripes ?

Guy est la première personne à venir en visite de condoléances, quand Suzanne est libérée de ses souffrances. Il est défait. Aussi, il est perturbé de voir l’état de son ami qui semblait auparavant montrer de l’indifférence envers sa femme, au point où cela l’avait poussée dans ses bras…. Guy lui dit honnêtement qu’il s’étonne que la mort de Suzanne le mette dans un état pareil.

Monsieur Durand avoue alors son crime : oui, il était jaloux des sourires de sa femme, de ses mises en beauté à l’annonce d’une visite de Guy chez eux, jaloux aussi des sorties imprévues de Suzanne, après lesquelles elle revenait accompagnée d’une auréole de bonheur palpable. Lâchement, il n’a pas pensé à une autre solution que celle de la tuer. Un poison administré à petites doses a mis fin à ses jours. Elle était gentille, Suzanne. Jamais, elle ne l’a soupçonné. Et aujourd’hui, il voudrait mourir avec elle.

Guy est furieux. Il en vient aux mains. Le personnel de maison se met à crier à tue-tête pour tenter de séparer ces amis de toujours qui semblent, aujourd’hui, décidés à s’entretuer.

Tous deux finissent par se séparer, portant chacun les lourdes traces d’une double perte : mort d’une amitié, mort d’une femme aimée.

Ils ont chacun beaucoup d’eux-mêmes qui est parti avec Suzanne. Il leur reste à vivre dans le tourment.

Les nuits de Monsieur Durand sont maintenant hantées par des cauchemars. Ses rêveries sont sordides. Il revoit Suzanne du temps où il lui faisait la cour, au début de leur mariage, ou encore quand elle est devenue mère. Il aime sa joie de vivre, sa coquetterie, son sens des détails, ses passions. Lui,  il se voit méchant, couard et cynique, tuant tout cela lentement, un jour à la fois, une émotion à la fois.

Guy a perdu une femme aimée et un ami dont il est dégouté. Il n’a plus envie de vivre. Il se voit comme un traitre : il a trahi celui qui fut son meilleur ami en lui volant sa femme, mais celui-ci s’est avéré être un criminel. Quelle profonde déception ! Il devrait le dénoncer. Mais peut-il encore trahir une amitié, en révélant à la justice cet horrible secret qui lui a été confié ?

 

Dans le numéro de juillet 2015, N.B. vous invite à lire “Des Nouvelles d’Elisabeth”

NB juillet 2015

Ma Peur de vieillir

Mon éducation religieuse chrétienne m’a libérée de la peur bleue de mourir qui m’obsédait, quand j’étais gosse.

Je paniquais à l’idée d’être un jour conservée dans une chambre froide, en attendant d’être placée dans un caveau pour servir de festin aux  vers de terre et autres bestioles dégoûtantes que je déteste jusqu’à l’heure d’aujourd’hui. Je n’hésite jamais à les écraser sans remords pour les faire passer de vie à trépas.

Pourtant, je ne crains plus leur moment de revanche, puisque je sais,  maintenant, que pendant qu’elles se régaleront de mon corps pourri, mon âme connaîtra la délivrance ; elle aura laissé la « vallée de larmes » pour rejoindre son Créateur dans la « cité des joies éternelles ». Je suis heureuse de dire, confiante, que je n’ai plus peur de la mort. Je la vois, au contraire, libératrice, quoiqu’encore mystérieuse.

Le problème à présent, c’est que j’ai peur de vieillir !

J’ai pourtant envie de vivre les moments magiques que le passage du temps procure : voir ma famille grandir, accueillir ses nouveaux membres, être témoin de leurs moments de bonheur, les supporter dans les inévitables moments difficiles. Mais, pour en profiter, il faudrait que je sois gâtée par la vie, qu’elle me laisse vieillir en possession de toutes mes facultés mentales et physiques.

Est-ce raisonnable de l’espérer ?

J’ai peur d’être privée de l’un de mes sens, voire de tous.

Perdre l’ouïe, par exemple, condamne à s’isoler socialement, à ce que plus personne n’ait envie de partager une nouvelle, une histoire avec soi. Les dialogues de sourds ne font rire que dans les blagues.

À quoi me servirait la sagesse acquise au cours des années, si ma surdité me coupait de la possibilité d’en faire profiter les autres ?

Je m’imagine, vieille, percevant très mal les sons, heureuse de la visite d’un de mes descendants. Par amour, il est venu me tenir au courant de l’actualité :

— Grand-mère, sais-tu que, maintenant, on peut se payer un voyage dans l’espace ? Je peux me rendre sur la lune !

— Oui, j’ai remarqué la pleine lune cette semaine.

Échange impossible qui tarit le désir de mon visiteur. L’entretien est raccourci.

Je m’enferme dans une solitude que je peux difficilement atténuer, dans la mesure où je suis prisonnière, emmurée dans un corps qui ne me permet plus d’écouter les autres, d’entendre de la musique ou les nouvelles à la radio….

L’internet est mon sauveur ! J’ai pu rester branchée… Je peux donc communiquer par email, grâce aux réseaux sociaux, prendre des nouvelles de ma famille que je ne vois pas assez… Mais, faut-il encore pour cela que ma vue soit bonne !

Je revois ce dialogue de sourds au cours duquel j’imagine répliquer de façon inappropriée… Si je perdais la vue, je ne pourrais même pas capter le mot « lune » pour donner une réponse qui pourrait faire rire ceux qui ne sont pas touchés par un tel handicap.

Prisonnière dans mon corps, cela vaudrait-il même la peine d’ouvrir les yeux, s’ils ne me permettaient plus de voir quoi que ce soit ? Il ferait toujours noir dans mon corps…. De fait, que me resterait-il à dire ?

Le lever du jour, le coucher du soleil, la fleur qui éclot, l’enfant qui grandit, le bonheur dans un regard, le réconfort d’un sourire ne pourraient plus s’offrir à mon regard… Ne sont-ce pas les sources d’inspiration d’une conversation agréable ?

Par contre, j’ai moins peur de voir diminuer ou disparaitre mon odorat, mon goût ou mon toucher… Je pourrais me contenter de la nostalgie de l’odeur d’un bon café fumant ou d’un repas en cours d’élaboration, du souvenir de la saveur d’une bonne viande grillée à point ou d’une délicieuse mangue baptiste, de la pensée de douces caresses…

Au fait, la pleine jouissance de quelques uns de mes sens me suffirait-elle pour rester en contact avec le monde extérieur ?

Je sais, je sens, que tout le monde a peur de vieillir. Les raisons diffèrent et les moyens de l’exprimer aussi.

J’ai vu des gens arborer une tête à la peau raidie, au sourire figé, exhibant l’inévitable asymétrie de tout visage qui s’est trop souvent fait tirer la peau, au regard surpris par l’agression subie. Leurs yeux semblent parfois s’étonner devant leurs avant-bras et leurs mains épargnés du scalpel, parce que la chirurgie moderne n’a pas encore trouvé comment les embellir…

Je salue ici le courage de ceux qui choisissent le traumatisme de la table d’opération pour essayer d’offrir aux autres, le plus longtemps possible, une beauté, une jeunesse qu’ils ne veulent pas perdre… C’est une forme d’altruisme, puisque c’est aux autres qu’ils montrent leur visage ou leur corps refaits ; ces autres qui, en retour, leur offrent des visages marqués par les lignes du temps….. Implacables miroirs qui n’ont rien effacé.

Pour en revenir à mon cas personnel, oui, j’ai peur de perdre mes facultés mentales.

Je ne veux pas devenir cette maman de qui les enfants n’attendent plus d’être reconnus,  ou qui cherchent à se convaincre que la lueur dans mes yeux leur était destinée, que c’est eux qui ont fait naitre ce sourire sur mes lèvres…

Mais, peut-être suis-je déjà vieille ? Dans certains de mes souvenirs, je revois ma mère, vieille en apparence, alors qu’elle n’avait même pas, à ce moment-là, l’âge que j’ai maintenant. Je me fais toujours la réflexion, en revoyant des amis perdus de vue pendant un certain temps, que certains ont bien vieilli. Parfois, mes petits-enfants me demandent innocemment si j’étais vivante du temps de l’indépendance d’Haïti, ou du couronnement de Soulouque…

À quel âge devient-on donc vieux ?

Pour l’heure, je jouis encore de mes cinq sens, je me déplace avec facilité, j’ai le cœur rempli d’amour et de l’intérêt pour plein de choses.

J’ai acquis de l’expérience dont je veux faire bénéficier ceux qui le veulent bien…

Je suis bénie si je suis dans cet état et déjà vieille. Mais je sais que je suis appelée à vieillir encore….

Le fait est qu’en prenant de l’âge, je qualifie de jeunes les gens de plus en plus longtemps…

Ceci sans doute, parce que, oui, j’ai peur de vieillir.

 

Hommage à une famille qui perpétue les traditions

Ce que je vous raconte ici vous révélera mon âge : j’ai eu de l’émotion à entendre, au début de ce mois, une publicité sur les ondes de Radio Métropole, pour un dîner gastronomique au Rond-Point Restaurant.

Ce n’était pas un jeudi, donc pas un jour de métro-rétro (1). L’invitation était pour le mardi 14 avril 2015. Ceci m’a ramenée au bon vieux temps, où tous les matins, Port-au-Princiens et Pétion-Villois entendions à la radio le menu du jour du restaurant le Rond-Point du bicentenaire, suivi de la phrase ne varietur : « dessert, café, à tout à l’heure ».

Cependant, l’invitation pour le 14 avril était différente : elle concernait l’événement le plus raffiné de l’année, avec un menu dégustation à six temps, préparé par le chef, de renommée internationale, Ivan Quevedo. Ce repas serait par ailleurs marié aux grands crus de la maison Moët et Chandon.

Le jour dit, je suis heureuse de pouvoir répondre à cette invitation, accompagnée de mon mari et d’un couple d’amis. En tant qu’Haïtienne, j’éprouve de la fierté à pénétrer dans le superbe Hôtel Kinam, érigé par une famille haïtienne grâce à des capitaux haïtiens, sur la Place Saint-Pierre de Pétion-Ville.

J’aime les traditions et j’apprécie que, pour perpétuer le Rond-Point, restaurant familial inauguré en 1949 par la famille Buteau, lors de l’exposition internationale du Bicentenaire de Port-au-Prince, les concepteurs du Kinam de Pétion Ville aient tenu à inclure un rond-point dans son aménagement. Ainsi, le restaurant, inauguré dans son nouveau local en 2014, donne vue sur un rond-point, tout comme le faisait le restaurant original qui dut abandonner la zone du bicentenaire malheureusement trop dégradée.

Ce 14 avril, donc, il est beau de ne voir que des bouteilles de Moët et Chandon parfaitement alignées dans la cave vitrée du bar, faisant face à l’escalier et à l’antichambre du restaurant. Le panneau de fond d’une partie de cette cave a été enlevé, afin de permettre à chacun de voir travailler le chef Ivan Quevedo, venu pour l’occasion de Mexico City, à travers la vitre et les bouteilles de champagne.

À notre arrivée, nous sommes chaleureusement accueillis au bar avec une flûte de champagne Moët Impérial. Edline, hôtesse gentille et élégante, nous invite ensuite à rentrer dans la grande salle du restaurant, dont le décor éclectique me séduit  : il offre un mélange de chaises Louis XIV avec des meubles de salon/”lounge » moderne, des lustres classiques luxueux, dotés d’une note de fantaisie grâce à des plumes noires ajustées sur leurs points d’attache au plafond. La pièce compte également des persiennes en bois tout à fait caraïbéennes et placées contre le mur du fond, ce qui permet de tamiser agréablement l’éclairage. Enfin, des miroirs, positionnés sur les murs, sont ornés d’encadrements habillés de céramiques et de plumes de pintades locales. À travers la grande baie vitrée, on voit la Place Saint-Pierre, toujours bien entretenue, au milieu de laquelle trône un énorme panneau d’affichage électronique aux mille coloris qui défilent. Cet élément donne une allure de modernité à Pétion-Ville et me laisse penser que je suis au « Time Square » d’Haïti.

Je reviens à notre dîner. Sitôt assis, le serveur, assigné à notre table, se présente. Il se nomme Zoro et nous confirme qu’il sera à notre service pour la soirée. Dans une des quatre flûtes de champagne placées devant chacun de nous, on nous sert encore du Moët Impérial, icône de la maison Moët et Chandon depuis 1869. On nous verse de l’eau dans les verres adéquats, en prenant la peine de nous présenter, auparavant, un plateau joliment garni de feuilles de menthe, de tranches de concombres, de citron vert et de citron jaune, pour aromatiser l’eau à notre goût.

Le repas est ensuite servi. Un sashimi pour commencer. Puis, suit mon plat préféré : le homard grillé à la Thaïlandaise, accompagné de gnocchis au parmesan rôti et foam de basilic frais. Mon mari, quant à lui, préfère les côtes de bœuf braisées pendant huit heures et accompagnées de purée d’edamame, d’oignons croustillants et de cresson, le tout servi avec du Moët et Chandon rosé. Par contre, les amis, qui nous accompagnaient, ont déclaré que le foie gras poêlé en sauce asiatique et compote de pommes à la vanille, servi avec un champagne gourmand, le Moët et Chandon Nectar Impérial, était, à leur sens, le meilleur plat. Le fait que chacun ait un plat favori différent me permet d’affirmer que tout était délicieux.

Avant de passer au dessert, Monsieur Geoffrey Bouilly, représentant de la maison Moët et Chandon, fait un tour des tables. Il se présente, sollicite notre opinion et nous annonce que le dessert, panna-cotta de vanille du terroir servi avec une biscotte au thé vert et fruits macérés au saké, sera accompagné de Moët et Chandon Ice Impérial, le premier et seul champagne spécialement créé pour être dégusté sur de la glace. Je savoure avec volupté la merveilleuse fraicheur de cette boisson délicate. Je suis heureuse de la découvrir au Rond-Point.

C’est que… ce n’est pas la première chose que le Rond-Point m’aura permis de connaître.

Dès mon jeune âge, mes parents avaient pour habitude d’amener mes sœurs et moi diner au Rond-Point, en fin d’année scolaire. C’était une sortie impatiemment attendue. Elle marquait le début des vacances d’été et c’était le seul repas au restaurant de l’année.  J’avais sept ans, quand, lors de l’un de ces repas, je commandai de la crème glacée pour dessert.

— Quel parfum ? me demande le garçon

À cet âge, je ne connaissais pas beaucoup de parfums. Il ne me fallait surtout pas perdre la face. Heureusement que ce jingle qui passait régulièrement à la Radio me revint en tête à ce moment-là :”Opéra, opéra, a, a, a, a de Coryse Salomé ». Je me tins un peu plus droite sur ma chaise et me retournai pour déclarer avec assurance :

— Opéra de Coryse Salomé.

Je n’ai jamais oublié les rires de toute ma famille. C’est au Rond-Point que j’ai appris qu’on disait parfum pour désigner la saveur d’une crème glacée et je trouve formidable que, cinquante ans plus tard, j’aie pu découvrir encore quelque chose de nouveau au Rond-Point, en l’occurrence, le Moët Ice Impérial, vendu en Haïti par les Établissements Didier Rossard.

 

(1) En Haïti, le jeudi, une des stations de radio les plus écoutées, Radio Métropole, offre une journée d’écoute appelée le « métro-rétro » : il ne passe sur les ondes que les anciens succès des années 60 et 70.

 

Pourquoi est-ce positif de participer à un concours littéraire ?

L’écriture est une réelle source de plaisir. C’est excitant de coucher sur le papier une histoire concoctée dans la tête, de lui donner un fil conducteur, de la voir évoluer au fil de l’écriture.

C’est un exercice qui ne cesse de m’étonner. J’ai ensuite envie de faire lire mes histoires et de découvrir les commentaires qu’elles suscitent. Je souhaiterais les faire connaître à un lectorat plus large que celui de mon cercle familial et de mes amis.

Je rêve donc de publier mes histoires que j’aimerais vendre et voir commenter.

Pour cette raison, j’ai compilé des nouvelles écrites autour d’un personnage que j’ai appelé Élisabeth.

Mais, avant de continuer, je dois d’abord vous parler du prix littéraire Henri Deschamps que je suis avec beaucoup d’intérêt depuis trente-neuf ans. Je trouve merveilleux que cette initiative haïtienne perdure aussi longtemps. J’aime l’idée qu’elle prime une œuvre n’ayant jamais fait l’objet d’une publication antérieure. J’attends chaque année le moment de me procurer l’œuvre gagnante.

Cette année, l’annonce du lancement du prix littéraire Henri Deschamps 2014 me laisse penser que ce serait, pour moi, une excellente occasion de me faire connaître sur le marché littéraire.

Les membres du jury se passent de présentation : Ketly Mars, Marie Laurence Jocelyn Lassègue, Rodney Saint Éloi, Vilaire Chéry, Évelyne Trouillot, Françoise Beaulieu Thybulle, Gary Victor et Evains Wèche, gagnant du prix Deschamps 2013.

Par ailleurs, je suis ravie de l’exigence d’anonymat de ce concours. Exhiber mon nom sur l’œuvre que ces personnalités doivent lire et juger m’intimide beaucoup.

Je prends donc la décision de me présenter à ce concours. Cela me force à lire, relire, corriger, élaguer mes écrits et à me rendre à l’évidence qu’ils ne seront jamais prêts et parfaits !

Aussi, afin de respecter la date limite de soumission des textes, je me vois obligée d’arrêter mes continuelles modifications. Je dois me lancer : mon manuscrit est soumis fin mai 2014.

En 2013, il y a eu soixante-sept participants à ce concours. Y en aura-t-il davantage ou moins cette année ? Je n’en ai aucune idée.

Pendant quatre mois, je « google » souvent « Prix littéraire Henri Deschamps 2014 », à l’affut de nouvelles. L’attente est longue. Je découvre enfin, le 15 octobre sur signalfm.com, un entrefilet titré « Le gagnant du prix littéraire Henri Deschamps bientôt connu »…

Finalement, cinquante-six manuscrits ont été reçus par la fondation Lucienne Deschamps, pour le concours de 2014. Le titre du texte gagnant sera annoncé, d’après la dépêche, au cours du mois de novembre. La remise officielle du prix se fera, quant à elle, en décembre.

Dès lors, je ne cesse de me répéter que le jury primera le meilleur et que ce n’est pas nécessairement moi. Je me dis que je ne devrai pas me laisser abattre par une éventuelle défaite. Le plaisir que m’apporte l’écriture est, de toute façon, trop important pour m’en passer. Je continue donc à écrire, en patientant jusqu’à la date fatidique. Moi qui aime planifier, je n’y parviens plus, dans l’attente des résultats du concours. J’ai quand même au fond de moi l’espoir de gagner.

Le 1er novembre, je découvre l’annonce du jury Deschamps 2014 : Rhoddy Attilus gagne avec son roman « Keket ak Janmari » qui a fait forte impression au jury, « notamment par le créole utilisé réunissant à la fois richesse, sobriété, humour, réalisme et une grande finesse dans le traitement psychologique des personnages. »

Je découvre agréablement qu’au-delà de la déception de n’avoir pas remporté le prix, je suis heureuse pour le gagnant et grandement soulagée de savoir que ma longue et insupportable attente est parvenue à sa fin. Dans l’ignorance, on développe trop d’incertitudes. Certains jours, j’étais pleine d’optimisme ; d’autres, je perdais toute confiance en moi.

Je suis à présent libérée de mon angoisse dans le noir. Je peux maintenant avancer dans mes projets. Je n’aurai pas le mérite de rentrer sur le marché littéraire, avec un prix littéraire. Je publierai malgré tout « Des nouvelles d’Élisabeth » avec, comme ambition, de distraire mes lecteurs.

Ma participation m’a permis de finaliser une œuvre que je ne cesserai pourtant pas de revoir et de corriger, jusqu’au jour où je me sentirai prête de vous la soumettre, chers lecteurs !